Lettres à l'absent

22 octobre 2005

J'aurais voulu encore te dire ...

...

Excuse-moi d'avoir failli à ma promesse.

Tu m'avais demandé de la foutre dehors si elle osait se présenter devant ton cercueil.

Et je ne l'ai pas fait.

Je t'ai dit à l'instant précis où je l'ai vue entrer, effondrée, en larmes .... "Excuse-moi, mais je sais que tu comprends pourquoi je ne bouge pas".

Nous avions respecté ton souhait de ne pas la prévenir.

Ton autre fille en a décidé autrement.

Elle l'a retrouvée après 12 ans ... et elle est venue mouiller ton cercueil de ses larmes amères.  Sans un regard pour ses enfants qu'elle n'a plus vus depuis 10 ans.

Je n'ai rien dit pour rester digne et marquer notre différence dans la grandeur.  Je n'ai rien dit parce que maman n'aurait pas voulu.  De toutes façons, "ta famille" faisait bloc autour d'elle et on les a entendu dire "on va la protéger, pour pas que Muriel s'en mêle..."

Je suis fière de moi. J'ai réussi à fermer ma gueule.

Même quand mon coeur a failli sortir de ma poitrine quand ta soeur a dit à ta fille, en lui faisant caresser le cercueil  "ton papa t'a pardonnée"... NON, tu ne lui auras jamais pardonné tant de méchanceté gratuite... Elle t'avait quand même écrit que "vous pouviez crever toi, maman et le petit"... Tu avais dit "jamais je ne pardonnerai ça, jamais"... Tout ça parce que tu avais osé lui dire (après l'avoir dépannée pendant 6 mois : bouffe, argent, chauffage, loyer, etc... ) que tu n'y arriverais pas tout le temps, que tu avais aussi ta vie...

FAMILLE DE MALADES.

Fière aussi d'avoir permis à maman de te lancer la première rose, d'avoir pris la deuxième et de l'avoir donnée à ta première fille pour TE montrer une fois encore que je t'aimais.... Fière d'avoir laissé passé ta fille et ton fils avant moi ... fière d'avoir pu les suivre, et ne pas lui permettre à elle, d'être la quatrième.

De petites fiertés qui me permettent de me dire qu'entre toi et moi, tout aura toujours été dit, fait, clair.

Je t'ai remercié lundi soir pour tout ce que tu as fait pour moi, et mes enfants.  Je t'ai promis de veiller sur maman et le petit.  Je t'ai embrassé et tu t'es éteint, la main de maman sur ton coeur le lendemain matin.

Il va nous falloir apprendre à vivre avec ton absence physique.

Je suis en paix, je ne t'en veux plus.

Mais j'en veux toujours à l'alcool... terriblement.

Et ce blog restera ouvert ...

Au cas où, par miracle ... il pourrait aider quelqu'un ...

Posté par L Amere à 15:21 - Commentaires [2] - Rétroliens [0]


18 octobre 2005

Ne plus attendre...

C'est ma prière à moi... celle que je t'ai écrite pendant qu'on t'endormait ... Il était 10h30... Tu as quitté ce monde une heure plus tard.

"Regarde le soleil.

Entends le bruissement du vent.

Sens sur toi le souffle de l'ange qui va te mener vers ceux qui te manquaient.

Ferme les yeux sur ta vie.

Passe de l'autre côté.

Ouvre-les.

Et vois.

Ces gens que tu aimais sont là pour t'accueillir et te soigner l'âme.

Reviens de temps en temps nous faire signe quand tu le pourras.

Apaise-toi.

Dors.

Sois en paix.

Pour toujours, sois en paix.

Et veille sur nous.

Et attends nous.

Un jour, nous serons de nouveau côte à côte.

Muriel

Posté par L Amere à 17:29 - Commentaires [2] - Rétroliens [0]

13 octobre 2005

Attendre (2)

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Les grands manitous et leur machine moderne ont tranché.

Le tronc de ton cerveau est mort.  Les deux hémisphères sont totalement nécrosés.

Ils te mettent "en confort" pour ton dernier voyage.

J'ai beau savoir que c'est ce que tu voulais.  J'ai beau savoir que "c'est mieux comme ça". 

On se rend compte toujours trop tard à quel point on aime ceux qui s'en vont.

Dans quelques jours, ton âme sera libérée de ton corps qui l'emprisonne.

Dans quelques jours, tu seras vraiment parti. Corps. Et âme.

Je ne connais même pas les lois de mon pays concernant l'euthanasie.  Et je m'en fous.

Maman m'a dit que si elle avait du le faire elle même, elle l'aurait fait.

Je te promets de veiller sur elle.

Je te promets de veiller sur mon frère.

Je te promets.

Ces lettres tu ne les auras jamais lues.  Peut-être, qui sait, peut-être que dans le monde où tu vas, tu m'entendras te les lire un jour.

Ta maman qui t'a tant manqué t'attend là haut.  Que ton souffle s'apaise au contact de ses bras qui t'enserrent.  Que ton voyage soit doux.  Que tu sois libre de nous regarder.  Que tu sois fier de nous regarder, de là où tu vas aller.  Dans quelques jours... Attendre encore...

Posté par L Amere à 20:48 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]

Attendre (1)

Attendre

Attendre encore et encore, attendre, toujours attendre … que tu ailles mieux, …des nouveaux examens, … qu'ils se prononcent les grands manitous de la médecine, … qu'ils nous contactent, …. qu'ils nous parlent, … qu'ils nous expliquent, … qu'ils nous donnent le choix.

Et pendant ce temps là, toi aussi tu attends … une délivrance … qui ne vient pas.

Je demande au Mec d'en Haut d'épargner à maman la décision qui fera d'elle ta veuve.  Je Lui demande qu'Il te reprenne avant d'avoir à faire ce choix.  Mais il n'y a pas de raison qu'Il accède à ma demande.  Je suis une très mauvaise élève.

Alors je demande à ma petite sœur, je demande à mon grand-père, qu'eux viennent.  Te chercher.  Te prendre par la main.  Te soigner l'âme.  Te déposer sur le nuage qui t'est réservé, et qu'ensuite ils reviennent nous protéger et alléger notre peine…

72 heures maintenant que les grands manitous balladent l'émotion de maman de son cœur à sa raison… que les rides se creusent sur son visage lisse jusqu'à lors.  Que ses yeux bleus sont délavés et ont perdu tout leur éclat.  Que ses mains se joignent le soir avant qu'elle ne tente, en vain, de s'endormir.

Ils ont dit "on va faire un DERNIER examen et on discutera ensemble de la suite…venez demain"  Et demain, elle est venue.  Ils ont dit "la machine est en panne, revenez demain".  Et l'autre demain, elle est venue et ils ont dit "désolés, la machine est toujours en panne, téléphonez à 16 heures"…

Je me demande comment elle tient encore debout.  Si droite.  Comment elle, elle n'est pas encore tombée en panne….

J'ai fait trois rêves marquants avec toi.

Le premier, où tu faisais de la gymnastique, où tu me disais tout va bien…. C'était le jour avant que tu ne rentres aux soins intensifs.

Le second dont j'ai parlé précédemment.

Et le dernier… Mon Dieu, le dernier… Tu étais passé de l'autre côté et ton corps était revenu à la maison "comme avant, dans les campagnes" mais il n'était pas "recouvert" … tu étais assis dans ton fauteuil.  Et tu t'es levé en hurlant que tu ne voulais pas qu'on pleure, que tu n'avais pas l'intention de mourir, mais qu'on te foute la paix.
C'était le jour avant que les manitous disent à maman "un dernier examen et on décidera de la suite…"

Ce texte a été écrit hier, mercredi 12 octobre 2005....

Posté par L Amere à 17:38 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

04 octobre 2005

Inutile

Cette nuit j'ai rêvé que tu étais debout, et rajeuni de 30ans au moins.  En
pleine forme quoi.

Tu ne te souvenais de rien, ni de la raison, ni de la durée de ton
hospitalisation, ni de ton passage aux soins intensifs... de rien.

Tu étais debout dans la maison dans laquelle maman et toi avez commencé
votre vie de couple et tu m'écoutais te raconter, mais sans me croire
vraiment.

Tu avais deux canettes de bière vides devant toi ...et un jus de fruits pour
me leurrer.

Je les ai regardées et je t'ai dit "Attends, je t'ai écrit...justement, pour
ne pas que tu oublies..."

Ce matin, en me réveillant et donc en réintégrant la réalité, je me suis dit
... " Voilà.  Ca sert plus à rien de lui écrire.  Si ce n'est pour toi, pour
te soulager... mais c'est un peu égoïste. "

Et puis finalement, j'en ai marre de me poser autant de questions de morale.

Tu t'en vas, c'est un fait.  Où ? On n'en sait rien, alors, merde quoi ...
ma vie à moi elle est là, ici et maintenant.

C'est un peu ça que tu m'apprends.  A défaut de ne plus pouvoir me parler,
tu m'apprends encore ça.

A défaut de ne pas lire ce que j'ai écrit pour que tu te souviennes, c'est
moi qui m'en souviendrai.

Je me sens tellement inutile...

Posté par L Amere à 18:05 - Commentaires [3] - Rétroliens [0]




27 septembre 2005

Lettre à ta "famille"....

Un encrier, s'il vous plaît.

Rempli de vitriol.

Que j'y trempe ma plume.

Chère « sa famille… »

Vous qui vous agglutinez devant son lit où doucement il s’éteint …

Où étiez-vous quand il allait bien ?  Pourquoi n'avez-vous jamais assisté à aucun de ses anniversaires depuis 26 ans?

Auriez-vous été jaloux de l'amour qu'il portait à ma mère, de celui qu'elle lui portait et lui portera jusqu'au bout ?

N'auriez vous pas supporté la complicité qui les liait, qui nous liait, lui, maman, et mes enfants ?

Votre regard envieux n'aurait pas supporté tant de bonheur ?

Vous aimez votre père, votre frère  ??  En êtes-vous sûrs ? 

Essayez de vous souvenir de la dernière fois où vous lui avez téléphoné pour prendre de ses nouvelles.  Non, je ne parle pas de toutes ces fois où vous lui avez téléphoné pour lui raconter vos malheurs ou lui demander de l'argent, elles seraient trop nombreuses.  Mais de ces fois, où vous vous êtes inquiétés pour lui… Comment ? vous ne vous en souvenez pas … vous ne voyez pas de quoi je parle ?

Je ne vous parle pas non plus des traversées du désert qu'il a faites, avec maman et le petit à ses côtés, je ne vous parlerai pas de sa lutte et sa victoire pour entrer dans mon cœur, puisque vous ne semblez pas connaître cette partie de l'humain qui nous fait avancer.

J'ai parlé à votre père, à votre frère, des heures et des heures durant.  Je l'aimais, il m'aimait.  J'ai toujours dit qu'il n'était pas mon papa, et que je n'étais pas sa fille … mais que dans nos cœurs, c'était clair. 

Jamais je n’aurais osé faire ce que vous avez fait …

Lui enlever son alliance … la reprendre chez vous … et « oublier » de prévenir maman…

Plus que quelques grammes d’or, cette alliance est le symbole de leur union, contre vents et marées, le symbole d’un amour qui pour moi devient, jour après jour, exemplaire…

Maman a sa force, sa sagesse, son calme et sa grandeur.  Moi j'ai juste ma rage, ma colère et mes mots.  Mon amour et mon admiration pour elle.

Comment osez vous vous regarder encore le matin dans la glace ?

Posté par L Amere à 20:18 - Commentaires [3] - Rétroliens [0]

26 septembre 2005

Et ce matin...

... ils ont dit :" Vous savez, il a encore eu des convulsions ce week end".

Maman vient te voir demain.

Elle me dit qu'elle sent qu'elle doit y aller.

Elle sait pas pourquoi.  Elle sait juste qu'elle doit.

Ma maman en morceaux...

Posté par L Amere à 21:44 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

24 septembre 2005

Et encore ...

Et encore ce matin, ils ont dit :

"On n'a pas décelé de lésions au cerveau. MAIS il faut attendre les résultats du scanner.  Ca prend du temps, les résultats du scanner.  Il ne tremble plus.  Il est plus calme.  Mais son état ne s'améliore pas"

MAIS PUTAIN .........QU'EST CE QUE TU FOUS LA HAUT, TU DORS OU QUOI  ???????????

Posté par L Amere à 17:10 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

23 septembre 2005

Regarde par là

Ce matin, ils ont dit ... peut-être une encéphalite...

Regarde plus loin, regarde par là...

envol

parce que quoi qu'il arrive, si tu en sors vivant, tu ne seras plus jamais celui que tu étais.

Posté par L Amere à 09:51 - Commentaires [2] - Rétroliens [0]

22 septembre 2005

Adaptation...

Extrait et adapté de "Paul Emile a des fleurs, de Lynda Lemay"

Laissez le donc tranquille
Laissez le donc dormir
Retirez vos aiguilles
Laissez le donc partir

C'est l'ciel et vos machines
Qui tirent chacun d'leur bord
Qui sont là qui s'obstinent
C'est à qui sera l'plus fort
Laissez le donc j'vous jure
C'est lui le meilleur
Il soignait mes blessures
Mieux qu'un troupeau de docteurs

Arrêtez donc d'vous battre
Laissez le donc mourir
Retirer vos salles pattes
Arrêtez de le retenir

Lâchez donc les veines
C'est pas votre père à vous
C'est pt'être même pas le mien
J'le reconnais plus du tout

Il sait déjà par cœur
Toutes sortes de p'tits poèmes
Qui finissent par "Amen"
Faut bien qu'il voit l'Seigneur

Depuis l'temps qu'il s'prépare
Pour être beau pour lui
Gâchez pas son départ
Si faut que ce soit pour aujourd'hui

Laissez le donc tranquille
Laissez le donc rêvez
Il rêve à Adeline
J'en suis persuadée

Et bon Dieu quelle tristesse
Voyez comme il s'ennuie
Des blagues et des caresses
De son Adeline chérie

Posté par L Amere à 09:29 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]